Le Mot du Directeur Artistique

YC-mod

C'est encore un nouveau visage d'Offenbach que nous vous proposons de découvrir cette année, plus étonnant, inquiétant presque, inédit en tout cas. Que de facettes, me direz-vous, pour un même homme !

Aussi singulier que cela puisse paraître, celui dont le seul nom nous met aujourd'hui en joie, a souffert, de son vivant, d'une réputation pour le moins étrange : celle d'un jettatore (un jeteur de sorts). Cette réputation – et ce surnom - , il la doit beaucoup à Théophile Gautier. Superstitieux à l'extrême, l'auteur du Capitaine Fracasse refusa même de rendre compte dans ses chroniques de la Périchole ou Robinson Crusoé pour ne pas avoir à écrire le nom du compositeur, tant il était persuadé qu'il portait le « mauvais œil » ! L'aspect physique du maestro n'est certainement pas pour rien dans cette crainte quasi mystique. Il suffit de lire le portrait qu'en fait Emile Blavet :

Au physique, en effet, Offenbach ressemblait à quelqu'un de ces êtres surnaturels échappés de la galerie fantasmagorique du conteur germain [E.T.A. Hoffmann]. Ces cheveux en pleurs, cet œil pétillant de malice, ce nez crochu, cette bouche sardonique, ces favoris tournés en spirales comme des queues de farfadets, ces mains recroquevillées, cette allure falote, cette ossature de squelette flottant dans des habits trop larges, tout cet ensemble tenait du rêve et du fantastique plus que de la réalité. Au premier abord, on éprouvait je ne sais quelle sensation de malaise. Il fallait causer avec lui, subir le charme de son esprit, - il en avait en diable, gratter cette écorce grimaçante et trouver dessous le bon sourire, lever ce masque ironique et trouver derrière l'attendrissement, pour revenir de cette impression.

On croirait presque qu'il s'agit d'un de ses personnages maléfiques des Contes d'Hoffmann - dont Offenbach a si bien su tracer le caractère à la fois inquiétant et séducteur, fantasque et fantastique. C'est justement cette double facette de son génie que nous explorerons cet été.

Pour ce faire, j'ai choisi un ouvrage rarissime : Les trois baisers du diable. Ce premier essai d'Offenbach dans le genre fantastique, 24 ans avant Les Contes d'Hoffmann, contient en germe tous les ingrédients qui nourriront cet ultime chef d'œuvre qui lui coûta tant de travail et dont il ne verra pas la création.

Sous-titrée Opéra fantastique puis Opérette fantastique, Les trois baisers du diable ont été créés le 15 janvier 1857, aux Bouffes-Parisiens. Le librettiste, Mestépès, n'est pas un inconnu pour les spectateurs du festival : c'est lui qui fournira à Offenbach, la même année, le livret de Dragonette (représenté à Etretat en 2014).

En première partie, nous vous inviterons à suivre La leçon de chant électro-magnétique, une bouffonnerie musicale dans laquelle un professeur italien se vante, grâce à une méthode scientifique néo-nervoso-electro-magnétique, de pouvoir apprendre à chanter à n'importe qui. C'est un paysan normand appelé Matois qui sera son premier cobaye. Une manière de retrouver l'Offenbach facétieux que nous aimons tant, sans quitter notre thème.

C'est donc autour du fantastique, de la fantasmagorie, de l'étrange, du diable aussi, et du fantasque surtout, déclinés au cours de huit manifestations, que s'articulera cette 12ème édition du Festival Offenbach d'Etretat.

 

Yves Coudray
Directeur artistique